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OXI : une opportunité pour l’Europe

Dimanche dernier, les Grecs ont voté à une écrasante majorité contre les mesures proposées par la troïka. Ce rejet peut être l’opportunité d’écouter enfin les voix dissidentes mais néanmoins expertes qui fustigent les plans d’austérité.

Malgré les menaces et les tentatives d’influence, malgré le manque de liquidités, malgré la peur de l’inconnu auquel était censé mener ‘OXI’, le peuple grec, vilipendé et mal gouverné depuis des années, a décidé en masse de rejeter le plan de sauvetage préparé par ses créanciers (BCE-UE-FMI).

Si une réponse positive du peuple grec dimanche dernier aurait probablement amené un nouveau plan de sauvetage proche de celui arrivé à échéance le 30 juin, on peut se demander si le ‘NON’ ne doit pas être vu comme une opportunité. Non pour des améliorations à la marge mais pour un changement fondamental dans l’appréciation de la crise dans laquelle est baignée l’Europe depuis 2008.

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Un changement qui permettrait de s’écarter des politiques inefficaces menées pour l’instant en Europe. Le « NON » grec peut être cette porte ouverte vers l’énorme quantité d’intellectuels, d’institutions, d’associations et de politiques qui souhaitent emprunter une autre voie.

Le FMI, tout d’abord, qui après avoir prôné l’austérité a vu son économiste en chef, Olivier Blanchard, déclarer avoir fait une erreur dans le calcul du « multiplicateur » de l’effet des diminutions des dépenses publiques. En clair, finalement, d’après l’économiste du FMI, les effets de l’austérité ont un impact négatif sur l’activité économique nationale.

Au FMI, toujours, une note interne témoigne du manque de soutien dont bénéficient les mesures d’austérité. Christine Lagarde, elle-même, allant jusqu’à mettre en doute l’efficacité des mesures d’austérité dans la lutte contre le chômage. A noter que la question de l’erreur de multiplicateur et les doutes quant aux politiques d’austérité sont antérieurs à l’arrivée de Tsipras au pouvoir.

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Paul De Grauwe, ensuite, considère que la dette Grecque, avoisinant les 180% du PIB, est surestimée et qu’elle s’élève réellement à la moitié de sa valeur officielle. La charge réelle de la dette grecque est moindre que la plupart des pays de la zone euro dont, entre autres, la Belgique et la France. Ajoutons que la charge d’intérêts sur la de dette grecque est de 2,6%, plus petite que de nombreux autres pays de la zone euro.

D’après l’économiste de la London School of Economics et de la Katholieke Universiteit Leuven, les créanciers devraient donc arrêter de considerer la dette officielle et donc avoir des exigences moins grandes et plus en accord avec la réalité. FMI, BCE et UE doivent « admettre que leurs créances sur le gouvernement grec ont une valeur inférieure à leur valeur nominale » et, en conséquence, doivent considérablement alléger les efforts demandés. Ce qui permettra à la Grèce de se relancer économiquement.

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Thomas Piketty estime, pour sa part, que le plan de sauvetage proposé par la troïka est « mauvais et récessif » et qu’il ne peut pas résoudre la crise grecque. Les solutions sont institutionnelles d’après lui. Il propose d’abord de convoquer une conférence sur la dette amenant une restructuration des dettes de l’ensemble des pays de la zone euro. Ensuite, il invite à la création d’une chambre parlementaire de la zone euro chargée de réguler démocratiquement le choix du niveau de déficit et d’investissement public. Une chambre composée d’élus nationaux qui serait amenée à superviser l’union bancaire et les mécanismes européen de stabilité.

Nous pourrions également citer Paul Krugman, prix nobel d’économie en 2008, pour qui les mesures d’austérité sont tout à fait inefficaces et « insupportables pour un pays comme la Grèce » et pour qui « l’économie grecque s’est effondrée principalement à cause des mesures d’austérité imposées à la Grèce ».

Mais également Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale et prix nobel d’économie en 2001, qui estime que la troïka a une « responsabilité criminelle » dans la situation actuelle. Il propose au trio BCE-UE-FMI d’effacer purement et simplement la dette grecque et de verser des fonds pour permettre à ce pays de relancer son économie.

Et si la crise grecque représentait une opportunité d’écouter et d’inventer ? Cela ne semble en tous cas pas la voie empruntée par les démocraties européennes.

Références utiles:

Paul De Grawe, « Admettre la réalité pour résoudre le problème grec », forum, Le Soir, 1 juillet 2015.

Thomas Piketty, « Le début de la fin de la zone euro », Entretien, Le Soir, 2 juillet 2015.

« Crise grecque: l’économiste Thomas Piketty se paie Angela Merkel », 20 minutes, 8 juillet 2015.

Paul Krugman, « Greece over the brink », blog, The New York Times, le 29 juin 2015.

Joseph Stiglitz, « Abandon austerity or face global fallout », Time, 29 juin 2015.

« Un audit interne du FMI critique les mesures d’austérité budgétaire prises après la crise », Le monde, 11 avril 2014.

Christine Lagarde, « Pour l’emploi il faut moins d’austérité », Le Figaro, 8 octobre 2014.

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