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François Hollande : 4 leçons de communication politique (oui c’est possible !)

Pour bien commencer cette nouvelle année,  je vous propose de parler de communication politique et de revenir sur un bouquin sorti il y a peu :  La politique est un sport de combat de Gaspard Gantzer.

Alors soyons clairs, ce livre avait tout pour me plaire : il parle de politique, il parle de communication, il est écrit par quelqu’un qui a (plus ou moins 🙂 le même boulot que moi et qui a plus ou moins le même âge.

Dans son livre, Gaspard Gantzer, conseiller en communication de François Hollande de 2014 à 2017, décrit, au jour le jour, son action et celle du Président. Le lecteur le voit faire face à des situations aussi cocasses qu’une photo de jeunesse laissée sur son profil Facebook ou aussi dramatiques que l’attentat du Bataclan.

Au passage, l’auteur dresse un portrait touchant de l’ancien Président de la République et permet de comprendre comment travaille un professionnel de la communication politique à un tel niveau.

Pour ma part, j’ai tiré 4 enseignements de ma lecture.

1. L’erreur est humaine

Ce qui transparait directement dans le livre de Gaspard Gantzer c’est la sincérité.

Dès le début, ça risque de tourner court pour son passage à l’Elysée. La presse, qui apprend son arrivée en remplacement d’Aquilino Morelle, scrute évidemment ses réseaux sociaux, son Facebook, entre autres.

Et là, à peine arrivé, catastrophe ! Malgré un « nettoyage » il reçoit l’appel d’un journaliste d’Europe 1: « Gaspard, je voulais vérifier une information avec toi. Ca va te faire rire c’est sur ton compte Facebook ! Sur une photo, je crois que tu fumes un pétard… » (p. 25). C’est la panique ! Heureusement, la chose se tasse, l’info n’est pas trop reprise et Gaspard Gantzer a toujours son poste en fin de journée.

On aura connu entrée en fonction plus sereine. Surtout pour un conseiller en communication : comment faire confiance à quelqu’un qui a lui-même fait une erreur grossière concernant sa propre réputation en ligne ?

Je pourrais aussi parler des rencontres avec les journalistes Davet et Lhomme, qui ont écrit le fameux Un Président ne devrait pas dire ça. Quand on voit le résultat calamiteux qu’a eu le bouquin sur la présidence de François Hollande, on ne peut que se poser la question : comment ne pas avoir vu les dangers d’une telle démarche ?

C’est évidemment facile de juger a posteriori, en connaissant le résultat. Ces épisodes, et d’autres racontés dans le livre, rendent non seulement l’auteur sympathique mais, en plus, donnent à voir que, à n’importe quel niveau, la perfection n’existe pas. Ajoutons que, même si Gaspard Gantzer avait pu exprimer ses doutes, il ne pouvait évidemment pas forcer le Président à arrêter quelque chose qu’il avait lui-même entrepris.

2. François Hollande s’implique dans sa communication politique

Une des surprises du livre est la forte implication de François Hollande dans sa communication. Je pensais que les politiques de haut niveau n’avaient pas le temps de s’en occuper et certainement pas le Président de la République Française. Hé bien, je me suis trompé !

François Hollande écrit des discours, relis des communiqués de presse, s’enferme dans son bureau pour préparer des notes. Il est très exigeant. A propos d’un discours sur l’esclavage, Gaspard Guntzer indique « A toutes les propositions qu’on lui a soumises, François Hollande a dit non. Cela ne convenait jamais. Il a fini par tout réécrire lui-même » (p. 40).

Après les attentats du début de l’année 2015, François Hollande prend la parole à plusieurs reprises. Pour ses allocutions télévisées ou pour la remise de la légion d’honneur aux trois policiers tués, à chaque fois c’est le Président qui tient la plume.

Comme cela a déjà été largement écrit par ailleurs, le ressort de cette implication est probablement à trouver dans sa sympathie pour le métier de journaliste et pour les médias en général. Ce n’est certainement pas son lot quotidien mais néanmoins j’ai trouvé étonnant qu’il s’implique autant dans sa propre communication.

3. Rapprocher le Président des Français

A son arrivée à l’Elysée, Gaspard Gantzer a une idée claire pour la communication du président : la rajeunir, la rendre plus surprenante avec l’idée de s’ouvrir plus au digital et aux supports inattendus. Le Président doit aussi retourner au contact des Français : « Je savais qu’il fallait sortir le Président de l’Elysée. Sa communication doit aussi se faire dans la rue, dans l’espace public » (p. 58). Pour la surprise et le rajeunissement, il mise sur des médias moins traditionnels comme la revue Charles par exemple. De plus, le Président est présent sur Vine, le réseau vidéo du moment ou sur Periscope, l’application de Twitter qui permet de diffuser des événements en direct. Avec parfois des flops comme ci-dessous:

Gaspard Gantzer voyait d’ailleurs dans le live sur les réseaux sociaux le « prochain game changer de la communication politique » (p. 225). Pour retourner au contact des Français, Gaspard Guntzer le convainc, par exemple de visiter, les locaux de l’école de cuisine de Thierry Marx , un cuisinier vedette ayant une émission sur M6.

Cette présence sur les réseaux sociaux et particulièrement sur les live est primordiale aujourd’hui. Gaspard Gantzer a vu juste. Cette tendance ne fera que s’amplifier dans les mois et années à venir (Facebook développe d’ailleurs en ce moment une véritable plateforme pro pour faire des Live). La vidéo prend de plus en plus de place  et le Live est véritablement ce qui est mis en avant par les grands réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook. Donc, être présent sur les réseaux sociaux et particulièrement en Live était la bonne option mais on peut se demander pourquoi ne pas l’avoir mieux préparé.

4. L’importance du contexte

Que l’on prenne les moqueries sur sa cravate ou la pluie qui s’abat sur lui lors de son déplacement sur l’île de Sein dans le Finistère pour le 70ème anniversaire de la Libération, il y a des situations qui sont très difficilement « recadrable » pour le Président. Il y a des contextes où tout devient plus difficile, où tout ce qu’il reste à faire c’est limiter les dégâts.

La maîtrise du message est compliquée par la multiplication des médias traditionnels (le nombre des chaînes d’information à explosé) et le développement des réseaux sociaux. Ceux-ci se nourrissent d’images simplistes qui renforcent souvent l’idée déjà partagée par le plus grand nombre. Difficile en effet de contrer les médias d’information en continu ou les réseaux sociaux quand ils s’emballent.

Prenons, la scène sous la pluie sur l’île de Sein…

François Hollande est dans cette ville pour rendre hommage aux soldats morts et anciens combattants de la Libération. Aucun abri n’est prévu pour l’assemblée quand une pluie diluvienne commence à s’abattre.

Qu’aurait dû faire François Hollande et son équipe ? Se couvrir alors que la foule composée de militaires, d’anciens combattants restait à découvert ? Qu’aurait-on dit à ce moment-là ? Ici, la séquence est reprise et moquée. Elle est présentée de façon à entrer dans le contexte du moment : un Président qui prend l’eau, qui ne sait plus quoi faire, qui n’est pas à la hauteur.

Pour l’île de Sein comme pour d’autres emballements sur les réseaux sociaux, d’après moi, une option possible était de faire preuve d’auto-dérision. Dans cette optique, on aurait pu penser à faire un méme (si vous ne savez pas ce que c’est cliquez ici pour lire un article paru dans Le Monde du 1 mai 2012)). Cela permet de reprendre le contrôle, de dicter son tempo tout en donnant une image décontractée. Le danger ici est d’abaisser l’image présidentielle et de nourrir d’autres commentaires négatifs.

Des leçons à tirer

Pour conclure cet article, je dirai que j’ai trouvé le bouquin passionnant, facile à lire et instructif. Mais également honnête et franc, on se rend compte que l’absence d’erreur est difficile, voire impossible.

On découvre les éléments qui ont finalement mené à ce que François Hollande ne se présente pas à sa propre succession à la tête de l’Etat. Le lecteur peut y voir des erreurs politiques et de communication. Ce livre permet d’essayer de les comprendre et d’en tirer des leçons. Dans cet article, je vous ai indiqué 4 enseignements que j’ai tiré de ma lecture.

Qu’en pensez-vous ?

Voyez-vous d’autres leçons à tirer ?

Qu’auriez-vous fait à leur place ?

 

About the author

Spécialisé en communication politique et passionné par la révolution numérique, je suis conseiller en communication à la Ville de Bruxelles. Les nouvelles technologies entrainent des changements rapides dans la pratique de la communication politique et publique, avec ce blog je propose d'y réfléchir ensemble.

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