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Crise grecque : L’échec de la stratégie Tsipras

L’accord sur le plan de sauvetage de la Grèce marque l’échec de la stratégie d’Alexis Tsipras, premier ministre grec issu de Syriza. Une stratégie risquée ayant conduit les Grecs à subir une véritable correction.

Durant sa carrière académique en tant qu’économiste, Yanis Varoufakis, l’ex-ministre des finances du gouvernement d’Alexis Tsipras, a publié plusieurs livres sur la théorie des jeux – une approche des sciences sociales qui modélise les interactions sociales du monde économique ou politique. Dans ces jeux, les individus rationnels adoptent un comportement stratégique visant à maximiser leur utilité. L’anticipation et l’interprétation des actions des partenaires ont un rôle primordial dans l’établissement de la stratégie à adopter.

Y. Varoufakis arrivant en moto aux négociations
Y. Varoufakis arrivant en moto aux négociations

Un des jeux les plus connus est celui de « la poule mouillée ». Ce jeu rappelle des scènes célèbres du cinéma américain qui mettent face à face deux jeunes conducteurs prêts à tout pour gagner et montrer leur courage. Téméraires, ils foncent en voiture l’un vers l’autre en jouant sur leur peur de la mort. Celui qui, de peur, évite le crash perd le jeu et devient « la poule mouillée » (voir l’extrait du film « La fureur de vivre »).

Une stratégie jusqu’au-boutiste

Appliquée à des négociations, cette dynamique pousse l’interlocuteur à se montrer plus intransigeant qu’il ne l’est dans l’espoir de voir son interlocuteur céder en premier. Le risque étant qu’aucun des deux ne cèdent et que les négociations échouent, amenant une situation perdante pour les deux parties – la mort des protagonistes dans les films hollywoodiens.

Depuis l’accession de Syriza au pouvoir, sur le dossier de sa dette, la stratégie de négociation du gouvernement grec, emmené par Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis, ressemble à s’y méprendre à celle d’un joueur pris dans le « jeu de la poule mouillée ».

Leur calcul était que leurs partenaires de négociations – Le FMI, la BCE et l’UE – adouciraient les mesures d’austérité imposées à la Grèce – allant peut-être jusqu’à annuler une partie de la dette – si et seulement si le gouvernement grec tenait une ligne dure et intransigeante. Une attitude qui devait donner l’impression d’un intransigeance, peu importent les conséquences, et pouvant mener au défaut de paiement. Une situation perdant-perdant qui affaiblirait la Grèce mais également les pays de la zone euro.

Un échec retentissant pour la stratégie d'A. Tsipras.
Un échec retentissant pour la stratégie d’A. Tsipras.

Une grave erreur d’appréciation

Même si les arguments anti-austérité de la Grèce sont également relayés par de nombreux économistes réputés (lire article), le gouvernement d’Alexis Tsipras, avec cette mentalité téméraire, a fait une erreur d’appréciation grave de conséquence.

D’abord, sur le fonctionnement de l’eurozone, les Grecs ont cru être face à un partenaire rationnel sensible aux arguments économiques alors qu’en fait ils ont fait face à des hommes politiques tenus par leurs gouvernements nationaux. Des responsables politiques qui écoutaient la Grèce d’un côté et leur coalition et électorats nationaux de l’autre. L’importance de la politique domestique a encore été accentuée ces derniers jours avec la dureté affichée par les camps allemands et finlandais, tous deux obligés de faire valider les décisions de l’eurogroupe par leur gouvernement national (comme l’Estonie, l’Autriche, la Slovaquie et les Pays-Bas).

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Ensuite, sur la tenue du referendum, les Grecs ont souhaité crédibiliser encore leur position de tête brulée en organisant une consultation populaire censée leur donner une légitimité supplémentaire. En ayant une victoire écrasante – le NON, défendu par Syriza, a recueilli 61% des votes -, Alexis Tsipras a vu sa position renforcée en interne, ce qui devait l’aider dans les négociations avec ses créanciers. Ce referendum devait agir sur les partenaires de négociation qui, face à cette victoire éclatante, devaient constater l’intransigeance et le jusqu’au-boutisme du gouvernement grec et, sous la pression, céder.

Après, sur l’absence d’accord pendant 5 mois, les Grecs ont joué le chrono pour augmenter la pression sur leur interlocuteur. Au plus le temps avançait, au plus la pression s’intensifiait, rendant la volonté téméraire de la Grèce d’autant plus crédible. La stratégie étant, ici, également de nourrir l’image de la détermination, mettant ainsi une pression énorme sur le partenaire de négociations : « Nous irons jusqu’au bout, nous sommes prêts à tout risquer. Et toi ? »

D’un désaccord politique à une véritable punition

Aujourd’hui, force est de constater l’échec de cette stratégie: le plan de sauvetage est plus stricte que le précédent, l’accord va à l’encontre des résultats du referendum du 25 juin 2015, les mesures qui doivent être adoptées par Syriza vont à l’encontre de son programme électoral et sont une continuité des politiques menées depuis 5 ans – des politiques ayant menés à la situation dramatique de la Grèce. Le premier ministre grec a été battu à son propre jeu. Un échec de sa stratégie qui transforme un désaccord politique en véritable punition.

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