Categories ActualitéOpinion

Emmanuel Macron : les paradoxes de sa communication politique

Après les affaires de Pénélope Fillon, des parlementaires et du financement du FN, de Richard Ferrand et, avant cela, les cas emblématiques des ministres Jérôme Cahuzac et Thomas Thévenoud, les impératifs de déontologie et de transparence de l’action publique ont été rappelés par l’opinion publique et par la justice.

François Hollande avait pris acte de cette nécessité en imposant aux membres de son gouvernement de faire une déclaration de patrimoine. Le Président actuel, Emmanuel Macron poursuit dans cette voie en signant les lois de moralisation de la vie politique dans une surprenante mise en scène.

Dans les deux cas, l’objectif est de rendre visible ce qui ne l’est pas et de permettre un meilleur contrôle démocratique des mandataires.

Cette indispensable dynamique de transparence a un impact sur la communication politique du Président actuel mais sa stratégie mène, d’après moi, à deux paradoxes.

Une très forte présence sur les réseaux sociaux

En 2014, à sa nomination en tant que ministre, Emmanuel Macron était très peu présent sur internet avec une très faible activité sur les réseaux sociaux et une absence de compte Twitter. A ce moment-là, il y a un profond sens de la discrétion. Peu de jours après sa nomination sera d’ailleurs créée, en catastrophe, une page Facebook à son nom.

Aujourd’hui, le Président français est très présent sur les réseaux sociaux. Avec un accent particulier pour les diffusions en Live. Pour chaque événement ou déplacement, sa page Facebook et son compte Twitter proposent un streaming live. Cette forte présence, cette volonté de « tout montrer » nécessite des équipes et un personnel spécialisé : le président ne sort pas sans son photographe personnel et son community manager (chargé de filmer les vidéos en Live).

Comme l’indique d’ailleurs très justement Fabrice Lamirault dans son excellent article sur la stratégie digitale de l’Elysée, le gouvernement et le Président pourraient même aller plus loin en créant une chaîne Youtube à vocation pédagogique.

La presse tenue à l’écart

Mais dans cette volonté de communiquer directement avec les citoyens, il y a un absent : la presse. En effet, la presse n’a plus accès au Président. Dans de nombreux déplacements, elle est cantonnée à attendre dehors, à lutter pour avoir des images ou à réutiliser les images fournies par l’Elysée. Et quand ils reçoivent l’accréditation nécessaire pour accompagner, les journalistes sont très soigneusement sélectionnés et ont un accès réduit au Président.

Lorsque, fait rare, un entretien sur le temps long est organisé avec le Président, celui-ci est très consensuel et attire un nombre extraordinaire de critiques. Je pense particulièrement à l’entretien avec Laurent Delahousse, qualifié de « deux copains qui ont passé une bonne soirée » (J-J. Bourdin, BFM-RMC) , de « visite immobilière » (C. Magnien, RMC) ou encore de « journalisme couché » (Mediapart).

Paradoxes de la communication politique de Macron

D’après moi, la stratégie de communication d’Emmanuel Macron et sa volonté de transparence entraînent deux paradoxes. 

D’abord, la communication politique du Président français me rappelle la façon de procéder de CNN lors de la première guerre en Irak ou du « no comment » d’Euronews. L’internaute est mis face à des images sans commentaire, sans mise en perspective et sans hiérarchie – une discussion avec un ouvrier est mise sur le même pied qu’une conférence de presse avec un leader européen. Libre court est laissé à  l’interprétation et à la connaissance du contexte du citoyen.

Ensuite, cette volonté de beaucoup montrer s’accompagne d’une forte réduction des mouvements de la presse. Même si la tendance est à plus d’ouverture depuis quelques mois, la presse traditionnelle continue à être évitée. Un Président doit pouvoir être questionné, interrogé lors d’entretiens longs, contradictoires et incisifs. Il en va de la liberté de la presse, du contrôle des citoyens et de la démocratie.

Alors qu’elle devrait amener à rendre visible ce qui ne l’est pas et permettre un meilleur contrôle démocratique, la transparence dans la communication d’Emmanuel Macron entraîne, paradoxalement, une information peu contextualisée et hiérarchisée (donc moins claire), et un manque de contrôle démocratique. 

Qu’en pensez-vous ?

La communication du Président vous plaît-elle ?

Est-ce nouveau d’après vous ?

Ai-je oublié quelque chose ?

About the author

Je suis conseiller en communication politique et institutionnelle avec un intérêt particulier pour la révolution numérique. Les nouvelles technologies entrainent des changements rapides dans la pratique de la communication politique et institutionnelle, avec ce blog je propose d'y réfléchir ensemble.

One thought on “Emmanuel Macron : les paradoxes de sa communication politique”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *