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4 raisons de refuser le média bashing dans votre communication politique

7En tant que conseiller en communication politique, je travaille de façon étroite avec les journalistes. Intérêt pour les médias et l’actualité, plaisir d’écrire, curiosité, nos métiers sont finalement assez proches.

Depuis quelques mois, je suis assez surpris du média bashing, de l’ambiance anti-journaliste qui règne. La parole critique à leur égard semble s’être libérée.

1. La liberté de la presse en retrait partout

Cette impression est confirmée par le Classement mondial de la liberté de la presse 2017 rédigé par Reporters sans frontières (RSF) qui révèle que « les violations de la liberté d’informer sont de moins en moins l’apanage des seuls régimes autoritaires et des dictatures. En démocratie aussi, cette liberté a priori acquise s’avère de plus en plus fragile. »

D’après RSF, les régimes démocratiques menacent la liberté de la presse à coup de propos populistes, de lois liberticides, de conflits d’intérêt et même de coups de matraque.

Si on le compare à celui de 2012, l’indice de référence utilisé par RSF pour déterminer la liberté de la presse a diminué de 14% aujourd’hui. La liberté de presse n’a donc jamais été aussi menacée.

2. La crédibilité des journalistes en augmentation

2017 a vu de nombreux événements qui ont érodé la crédibilité des médias sociaux auprès du public. La relation entre les médias sociaux et la propagation des Fake News représente un élément important dans cette baisse de confiance.  Selon une étude menée par Edelman, une agence de relations publiques et de conseil américaine,  la confiance dans les journalistes est en augmentation.

D’un autre côté, cette étude menée sur 33000 personnes dans 28 pays montre que les médias sociaux  continuent à être utilisés pour s’informer même s’ils sont vu avec plus de méfiance.

A côté des actions prises par les Etats et les grands acteurs du web, les journalistes sont un rouage important dans la lutte contre les Fake News qui doit aider à protéger les espaces de discussions numériques et nos démocraties.

3. La mode du « média bashing »

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis et la campagne du Brexit au Royaume-Uni ont offert une caisse de résonance au “média bashing”, aux discours anti-médias, et fait entrer le monde dans l’ère de la désinformation et des fausses nouvelles à grande échelle. Mais ce ne sont bien évidemment pas les seuls endroits où l’on peut détecter ces menaces sur les journalistes.

Prenons, d’abord, le cas de la blogueuse maltaise, Daphne Caruana Galizia, qui dénonçait la corruption dans son pays et qui s’est faite assassinée par voiture piégée. Ensuite, des ONG et des journalistes qui dénoncent dans une tribune les pressions systématiques dont ils font l’objet quand ils s’intéressent aux activités du groupe Bolloré, notamment en Afrique. Et finalement, du journaliste de la RTBF, Eddy Caekelberghs, écarté temporairement de l’antenne suite à l’intervention d’un président de parti. 

4. La presse, ce quatrième pouvoir

Une presse libre, des journalistes sérieux et critiques, qui partagent leur travail avec des citoyens éduqués, tout cela participe du bon fonctionnement de nos démocraties. Les journalistes occupent une place de choix pour remettre en question, décoder, soulever les contradictions qu’ils détectent.

A côté du pouvoir législatif, du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, la presse tient cette place de quatrième pouvoir. Comme je l’ai souligné dans deux précédents articles, François Hollande : 4 leçons de communication politique et Les paradoxes de la communication politique d’Emmanuel Macron, ce rôle de contre-pouvoir et de contrôle de l’action politique est primordial.

A partir d’une information de qualité, les citoyens peuvent effectuer un choix éclairé lorsque cela est nécessaire.  Cette question est d’autant plus importante car comme l’indique The Economist : « La démocratie continue de reculer de façon inquiétante« .

La communication politique AVEC la presse

Cette défense de la presse et de la démocratie ne va pas sans une réelle éducation aux médias classiques et aux nouveaux médias. Etre capable d’analyser une source, connaître le positionnement idéologique d’un journal, pouvoir détecter les intérêts de l’émetteur d’un message, connaître les contraintes économiques de la presse, savoir comment les médias sociaux fonctionnent et sont financés. Voilà autant de points qui légitiment la presse de qualité, valorisent la communication politique et renforcent nos démocraties.

Critiquer la presse de façon outrancière n’est pas seulement une stratégie politique, c’est une remise en question de la démocratie et une atteinte à l’information complète des citoyens.

C’est pourquoi, la communication des politiques ne devrait jamais se faire contre les journalistes mais avec eux !

About the author

Spécialisé en communication politique et passionné par la révolution numérique, je suis conseiller en communication à la Ville de Bruxelles. Les nouvelles technologies entrainent des changements rapides dans la pratique de la communication politique et publique, avec ce blog je propose d'y réfléchir ensemble.

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